Femmes et gastronomie

L’association Les Grandes Tables du Monde s’engage pour plus d’inclusion, soutenue par S. Pellegrino

  Photo prise lors du 64ème Congrès des Grandes Tables du Monde – Four Seasons – Marrakech ©Kris Maccotta

L’association mondiale de restaurateurs, créée en 1954, est bien décidée à rester synchrone avec l’évolution de la société. Écoutant les évolutions en cours, Les Grandes Tables du Monde souhaite aujourd’hui s’engager pour améliorer la place des femmes dans la gastronomie et pour tendre, à court terme, vers la promotion d’une égalité des genres au sein des maisons membres de l’association, et plus largement, au sein du secteur.

Pour amorcer le débat et nourrir les discussions, l’association a présenté, à l’occasion de son 64ème congrès, une étude mondiale[1], en vue de dégager les enjeux et objectifs nécessaires pour une gastronomie plus inclusive. Si l’étude révèle aujourd’hui une certaine évolution des mentalités, elle soulève également les problèmes à résoudre et les mesures à prendre pour accélérer l’insertion des femmes dans ce secteur.

À cette occasion, Les Grandes Tables du Monde est soutenue par S. Pellegrino, partenaire fidèle, engagé à soutenir la communauté gastronomique et les plus grands chefs du monde afin qu’ils partagent leur vision et soient les leaders d’une évolution porteuse de sens dans ce domaine. Au même titre que Les Grandes Tables du Monde, S. Pellegrino reconnait que l’inclusion – dont l’égalité des genres est une partie fondamentale – doit tenir une place prioritaire dans un tel évènement, où d’illustres chefs se rassemblent et ont l’opportunité d’échanger avec pour objectif commun un changement positif.

« LA PLACE DES FEMMES EST LOGIQUE MAIS LA RÉPONSE DU MÉTIER NE L’EST PAS FORCÉMENT » selon Nicolas Chatenier, Délégué Général de Les Grandes Tables du Monde. Si les interrogées reconnaissent, et se réjouissent, du nombre croissant de femmes qui rejoignent le secteur (20% des maisons sondées affirment d’ailleurs souhaiter recruter davantage de femmes dans les années à venir), les données rassemblées par l’étude montrent que cette évolution mérite de s’accentuer en cuisine. Les femmes sont encore trop « cantonnées » aux métiers de la salle et du service ; en moyenne, on retrouve 8 femmes pour 12 hommes en salle, et seulement 3 femmes pour 14 hommes en cuisine.

Plus clair encore, les femmes accèdent moins facilement aux postes à hautes responsabilités tels que chef de rang, chef de partie ou sous-chef. 

Et comme dans bien d’autres secteurs, la question de l’égalité salariale reste encore taboue. Seuls 41% des établissements contactés ont répondu à cette question, et les réponses collectées pointent vers un écart de salaire de 9,5% en faveur des hommes.

Enfin, les préjugés sur la maternité et la vie de famille restent l’un des freins principaux à l’évolution des femmes dans ce secteur. 60% des employeurs identifient même ce sujet comme la contrainte principale en matière de progression de leurs collaboratrices. Rythme de travail et longues heures sont parfois jugées incompatibles avec la grossesse et la vie de famille. Tout ceci pose clairement la question de la flexibilité du travail dans ce secteur. Si certaines avancées sont notables (74% des employeurs ont mis en place des mesures permettant de la souplesse (temps partagé, congé parental…), une des interviewées raconte : « Nous travaillons 13 ou 14 heures par jour. Cela veut dire pas de temps pour les enfants, pas de lien émotionnel, juste travail, travail, travail ; donc à un certain moment vous êtes confrontés à des choix. »

Du côté des femmes interrogées, le constat est donc clair et uniformément partagé : les femmes qui travaillent dans cet environnement doivent se préparer à s’endurcir pour pouvoir évoluer. Une femme nous précise : « Si tu sais tenir tes positions et t’affirmer, tu n’auras aucun problème dans ce métier mais il faut avoir une carapace ». L’équilibre est donc subtil entre rester soi-même et adopter des attributs perçus comme virils pour être respectée.

Anne-Sophie Pic ©Kris Maccotta

FACILITER ET ACCÉLÉRER LA PRÉSENCE DES FEMMES DANS CES MÉTIERS

 Pour Nicolas Chatenier, Délégué Général de l’association : « La question des femmes en gastronomie est un sujet essentiel, porteur d’un message d’évolution positive dans nos métiers. Il ne s’agit pas ici d’opposer hommes et femmes, ce dont nos répondants se gardent bien d’ailleurs, mais de permettre aux femmes d’évoluer à leur juste place et de renforcer leur pouvoir d’action. » De ce fait, Les Grandes du Monde décide aujourd’hui de s’engager autour de trois grands axes d’amélioration.

  • L’égalité de traitement

Se défaire des préjugés, tendre vers une plus grande ouverture d’esprit doit nécessairement passer par tous les collaborateurs. Le rôle des chefs, des restaurateurs, des managers, et de l’association est essentiel : c’est par la sensibilisation, la discussion et la réflexion autour de nouvelle stratégies d’inclusion que l’évolution se fera.

Pour réaliser et promouvoir une égalité de traitement, de conditions, de salaires et d’évolutions des femmes dans ce secteur, toute la profession doit se rassembler. Pour ce faire, Les Grandes Tables du Monde propose d’ores et déjà trois actions :

  1. Faire figurer, dès la sortie du prochain guide, le nom des femmes évoluant à des postes décisionnaires au sein des maisons membres de l’association.
  2. Mener chaque année une étude pour suivre et accompagner l’évolution du secteur.
  3. Enfin, traiter de manière régulière ces problématiques à travers différents supports de communication (site de Les Grandes Tables du Monde, interviews médias, etc).

[1] Etude menée en septembre 2018 par l’Institut FM Research et commanditée par Les Grandes Tables du Monde et S. Pellegrino, auprès des 174 membres et de 17 femmes de l’association Les Grandes Tables du Monde.

Nicolas Chatenier et Clément Vachon, S. Pellegrino ©Kris Maccotta

  • Une plus grande médiatisation des femmes

Les interviewées de l’étude ont toutes souligné l’importance des « Modèles Positifs » : Anne-Sophie Pic, Hélène Darroze, Christelle Brua, Estelle Touzet, ces femmes inspirantes ont montré la voie à plusieurs générations. La mise en avant de ces carrières exemplaires est donc nécessaire pour engendrer de nouvelles vocations, mais aussi et surtout rappeler que les femmes ont tout autant leur place que les hommes dans ces fonctions. Les critiques gastronomiques, les médias, mais également les associations, les prix, et les concours culinaires se doivent aujourd’hui de leur rendre justice.

L‘association s’engage donc à médiatiser ces femmes de métiers lors des toutes ses prochaines prises de paroles, mais aussi et surtout de les intégrer à toutes les actions et manifestations auxquelles Les Grandes Tables du Monde participe.

  • Plus de flexibilité vis à vis des horaires de travail

Il ici s’agit de tenter d’aménager les horaires de travail et d’y apporter de la flexibilité. Le rythme de la « coupure », encore en vigueur dans la majorité des établissements, est vécu comme un véritable obstacle à une vie de famille, qu’il s’agisse d’hommes ou de femmes. L’association, avec ses membres, souhaite réfléchir à de nouvelles formes d’organisation : roulement, congé parental, etc. pour créer un environnement de travail bienveillant vis à vis de tous ses membres.

Pour appuyer ces initiatives, l’association Les Grandes Tables du Monde s’est justement entourée de femmes influentes, cheffes, réalisatrices, et journalistes lors de son congrès annuel, ainsi que d’hommes experts dans leurs domaines. C’est en réfléchissant ensemble, en faisant participer toute la profession que de nouvelles formes d’actions viendront compléter ces engagements. Des mesures d’étapes seront à prévoir afin de vérifier l’avancée de ces politiques.

Maguy Le Coze et Maryse Trama ©Kris Maccotta

[1] Etude menée en septembre 2018 par l’Institut FM Research et commanditée par Les Grandes Tables du Monde et S. Pellegrino, auprès des 174 membres et de 17 femmes de l’association Les Grandes Tables du Monde.

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